Le Népal a connu un jour spécial hier. Le jeudi 17 Mars 2022, le festival du Holi était célébré à Katmandou. Les enfants avaient déjà commencé les festivités la semaine précédentes, et beaucoup d’autres les continuaient aujourd’hui. Mais hier, on trouvait des gens colorés de Thamel à Patan, de Katmandou Durbar Square à Bhaktapur et partout dans les rues. Plus de 1500 policiers et policières avaient été déployé.e.s pour couvrir le festival, connu pour ses débordements. Après deux ans de festival « covidé », tout le monde était plus qu’heureux de se lâcher pour la journée et de profiter de la compagnie des autres.

Le Holi festival ou « Phagu Purnima » est considéré comme un adieu à l’hiver et un accueil du printemps et de l’été. C’est le festival de l’amitié, de l’amour et des couleurs. Différentes histoires ou variations d’histoires existent concernant le Holi, mais la plus commune est celle d’Holika. Le Roi Hiranyakashipu interdisait aux gens de vénérer le dieu Vishnu, mais son propre fils Prahlada s’opposa à lui avec sa dévotion pour Vishnu. Par conséquent, son père et sa sœur (Holika) essayèrent de le tuer par le feu. En effet, Holika (donc la sœur démoniaque de Prahlada) était supposée résister au feu et ainsi elle prit son frère sur ses genoux et avança dans les flammes. Mais le dieu Vishnu bénit Prahlada pour sa loyauté et Holika mourut dans le feu tandis que son frère survécut. C’est pourquoi Holika est une célébration de la victoire du bien contre le mal. Il nous permet de nous rappeler qu’il y a toujours de l’espoir pour celle et ceux qui ne perdent jamais foi, que ce soit en des dieux et déesses, en la vie, en soi-même ou tout autre chose que vous choisissez de croire. Les différentes significations et interprétations derrière le Holi le rendent encore plus joyeux parce que c’est comme une histoire qui serait réécrite chaque année, pleine de lumière et d’allégresse.

Pendant le Holi dans la vallée de Katmandou, la plupart des magasins sont fermés et les gérant.e.s sont quelque part en train de profiter. Cette année, on pouvait trouver de la musique, de la danse et du chant autour de Thamel ou à Durbar Square avec des foules de centaines de personnes étalant des couleurs sur les autres. Certain.e.s vendaient des paquets de poudres colorées dans la rue, d’autres lançaient des ballons d’eau depuis leur fenêtre et d’autres encore aspergeaient la rue avec leur tuyau d’arrosage depuis leur toit-terrasse. Tout cela pour dire que l’on n’avait aucune chance de rester propre et dans tous les cas, plus on était sales, mieux c’était ! Des gens de tous les âges, de toutes les castes, de tous les pays se rassemblent autour de la volonté de partager un jour paisible et heureux. La splendeur et la multitude des couleurs unissent les gens plus qu’une nationalité ne le pourra jamais. On se noie dans une vie sans soucis, même pour quelques précieux instants. Du Français, du Népali, de l’Anglais, du Danois, de l’Espagnol résonnent dans les rues, pourtant le langage universel est le sourire que l’on donne et reçoit tout au long de la journée. Soudainement, Katmandou n’est plus recouverte de gaz, mais embrumée de nuages violets, jaunes, bleus, de nuages arc-en-ciel qui régalent les passant.e.s. Holi est réellement l’occasion de danses avec des inconnu.e.s comme si iels étaient des ami.e.s de longue date, de se rassembler en groupes d’étrangers et étrangères pour parcourir les festivités ensemble, d’être égaux et égales à chaque personne que l’on voit puisque les couleurs recouvrent tout le monde, sans distinctions.

Il y a néanmoins plusieurs inconvénients à ce grand festival qui se doivent d’être mentionnés et, on l’espère, résolus rapidement. Déjà, Holi est honnêtement un désastre environnemental avec les ballons en plastiques explosant partout en plus des produits chimiques présents dans les couleurs qui vont sans aucun doute finir dans la rivière. De plus, cela soulève aussi un problème de santé, avec les produits (des couleurs) qui abîment la peau et surtout la santé générale (conduits respiratoires…). Avant, Holi était célébré avec des couleurs extraites de plantes et d’herbes médicinales utilisées pour traiter les maladies amenées par la transition de l’hiver à la nouvelle saison. Il y avait quelques inquiétudes regardant les mesures sanitaires (foule, toucher le visage…) mais il le semble que les gens avaient besoin de ce jour pour retrouver la fête. Bien sûr cela n’efface pas tous les problèmes, mais au moins pour une journée chaque personne peu prétendre à un bon rire et choisir de se perdre dans l’abondance de gentillesse que le Holi apporte.

Ce festival, pour moi, est réellement la bienveillance à son paroxysme. Un « Happy Holi ! » sans aucun doute.

Fanny Jonckeau

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